Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 11:55
Fire and Ice, Ralph Bakshi, 1983


Pardonnez-moi d'avance : sur cette notule, mon sens critique va complètement passer à la trappe, Fire and Ice étant le genre de film que j'aime par principe. Il faut dire qu'on trouve au générique, en plus de Bakshi, un scénario de Gerry Conway et Roy Thomas, sur des personnages créés par Frank Frazetta mais dont les visages ovales avec yeux en amandes et nez en pointe doivent aussi beaucoup à John Buscema. Thomas-Frazetta-Buscema : le sang du geek ne fait qu'un tour - CONAN ! Le film de Bakshi profite en effet de la vague howardienne lancée par Thomas chez Marvel et concrétisée au cinéma par le monument viril de Milius un an plus tôt.
Alors évidemment, on reconnaîtra qu'on n'a pas devant les yeux un chef-d'oeuvre, Bakshi n'ayant jamais vraiment eu les moyens financiers de ses ambitions, le trait n'est pas toujours fini, certains dessins font très brouillon, et la rotoscopie se voit par moments un peu trop. Et dès qu'on a droit au grand classique de l'héroïne en petite tenue sauvée par un culturiste torse nu, on comprend qu'aucun cliché du genre ne nous sera épargné. Tant mieux, en fait : parfois, les clichés ont du bon - surtout les clichés howardiens, qui nous épargnent les elfes et les nains. Le scénario simple mais bien mené de Thomas et Conway fonctionne parce qu'il contient respectueusement, sans chercher à les transcender en faisant le malin, toutes les figures imposées du genre. On nage en plein fantasme adolescent : gros muscles / gros seins. Le plaisir régressif qui peut rendre un homme heureux pour une heure et demi n'est pas à rejeter.
Dans son autobiographie mythomane de 1985, L'Enfant du Rock, Philippe Manoeuvre écrit à propos de Heavy Metal : "Certes, tel qu'il était, Metal Hurlant n'avait pas grand-chose à voir avec les chefs-d'oeuvre du septième art. Ce n'était ni Le Cuirassée Potemkine, ni La Soupe aux Choux. Mais c'était déjà le cinéma des années 80. Ce mouvement trash et jouissif porté à son sommet par Spielberg et compagnie. Métal Hurlant était un réjouissant spectacle, un film spontané et bigarré, entièrement destiné au plaisir du moment." Une appréciation qui s'applique également à ce franchement chouette Fire and Ice.
Par Scritch - Publié dans : Rêveries
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 20:20
Urusei Yatsura 2: Byûtifuru Dorîmâ, Mamoru Oshii, 1984


Avant toute chose, il convient de saluer l'effort d'emballage de l'éditeur Kaze sur l'édition de cette oeuvre de jeunesse d'Oshii, dans un joli coffret aux couleurs du justaucorps de Lamu, et avec tout plein de gribouillages mignons dans le livret. Un moyen comme un autre, et peut-être même plus sympa qu'un autre, de rendre attractif un métrage peu connu, d'un genre souvent confiné à son public "de base", et injustement entaché par les âneries gringoiresques de Ségolène Royal. Préciser qu'on a trouvé cette édition limitée, parue il y a quelques années déjà, dans un bac à soldes le mois dernier peut donc légitimement déprimer. Je ne blâmerai pas ici les non-acheteurs, puisque je ne m'étais pas non plus procuré l'objet en son temps, mais enfin, quand je me remémore ce sympathique vendeur orléanais (qui a fermé boutique depuis) répétant plusieurs fois en moins d'une heure que "Non, y a plus de Danny The Dog, ils sont déjà tous partis", avouez qu'y a d'quoi s'la prendre et s'la mordre.
Beautiful Dreamer est le deuxième long (semble-t-il le seul disponible par ici) consacré à Lamu et sa bande. Au premier abord, cette version cinéma n'est pas bien différente visuellement de la série télévisée : graphisme plaisant mais sans génie et animation un poil trop minimale. Ces imperfections situent bien le film dans son époque et peuvent, à la rigueur, provoquer un effet d'indulgence nostalgique. Il est assez amusant de voir comment ces images d'à peine vingt-cinq ans semblent d'un autre temps, ce qui permet d'apprécier l'évolution esthétique de l'animation japonaise, preuve que non, c'est pas toujours la même chose.
Si le dessin n'est pas encore du niveau des époustouflants Ghost In The Shell d'Oshii, il faut par contre reconnaître que la mise en scène est plutôt au-dessus du standard télévisuel, usant de cadres penchés ou de jeux entre premier et arrière-plan qui peuvent sembler initialement un peu gratuits mais traduisent habilement la confusion spatio-temporelle des personnages ; ces effets vont en s'accentuant en même temps que les Urusei Yatsura pénètrent dans un fantastique disons, lynchien (quelque part entre Groundhog Day et Mullholand Drive), jusqu'à décoller totalement pour un finale assez splendide. Oshii fait ici preuve d'un sens de la progression assez appréciable, mais qui, comme chez Carpenter, requiert la patience du spectateur.
Je connais assez peu l'oeuvre de Mme Takahashi, même si j'ai quelques souvenirs amusés de Ranma 1/2 ; je veux bien croire que son humour en catastrophes exponentielles soit assez drôle sur papier ou dans le poste. Mais ici, si les séquences comiques font sourire au début (le coup de la déco 3ème Reich, il fallait oser), elles grèvent un peu le récit une fois qu'il est sur les rails, introduisant des ruptures de ton pas très heureuses qui ne semblent là que pour justifier le lien avec la série d'origine, pour remplir un cahier des charges supposé voulu par le fan, et qui figent le film dans son statut de produit dérivé, lui empêchant de vraiment montrer un ton propre. On sent comme une hésitation sur la ligne à suivre, entre les conditions posées par Rumiko Takahashi et les aspirations de Mamoru Oshii, qui a fait beaucoup mieux et beaucoup plus libre depuis. Ce conflit entre deux directions pas toujours convergentes fait la limite de ce film un peu bancal, mais aussi sa richesse puisqu'il lui permet de ne pas être qu'un produit conforme, et  parce qu'ainsi on ne sait jamais trop vers où le scénario va bifurquer. Et puis, il y a toujours quelque chose d'assez émouvant à voir un talent singulier émerger par les fissures d'un cadre un peu trop étriqué.
Par Scritch - Publié dans : Rêveries
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /Juil /2009 22:38
I Giganti della Tessaglia, Riccardo Freda, 1960


Un jour, en sortant d'un cinéma de Bobigny (ou Pantin, je ne sais plus) qui projetait Maciste all'inferno, l'envie me pris violemment de placer Riccardo Freda parmi les plus grands. J'ai cru comprendre que Jean-François Rauger et Bertrand Tavernier étaient de mon avis, et Sophie Marceau d'un tout autre, ce qui, convenez-en, me place plutôt du côté de la bonne compagnie.
Il est vrai qu'une telle opinion peut dérouter à la vision de ce Géant de Thessalie, relecture joyeusement hétérodoxe du mythe des Argonautes et vestige d'un temps où le cinéma tenait encore beaucoup du bricolage. Difficile de savoir si les exigences du public ont changé, si l'on s'émeut moins facilement aujourd'hui, toujours est-il que l'oeuvre de Freda nécessite pour être pleinement appréciée une grande capacité à prendre des vessies pour des lanternes. Il serait bien sot de s'arrêter à l'aspect fauché du film, avec son navire bravant fièrement la houle de la piscine de Cinecittà ou ses batailles épiques à quinze figurants, ainsi qu'aux tendances nanardes inhérentes au genre peplum, mais force est d'avouer que ce métrage-ci atteint régulièrement des pics de tartitude, entre ses dialogues mélodramatiques en plomb (je précise que j'ai vu la chose en VF), sa séquence de ballet chorégraphiée par le grand-père putatif de Kamel Ouali et incluant la danseuse la plus nulle de toute l'Italie, et surtout cette scène ahurissante dans laquelle Argos converse avec un mouton. Notez bien que je n'inclue pas dans les tares du film l'apparition d'un gorille cyclope géant digne d'une production Toho, celle-ci déclenchant un rire tellement bon enfant qu'elle mérite d'être portée au crédit du film.
D'où vient alors le fait que l'objet émerveille régulièrement, en-dehors de l'évidente rigolade second degré ?

Il faut, d'abord, dire que Freda est un cinéaste extrêmement classieux, bien que ce film-ci comporte peu de fulgurances. Les scènes sont quasiment toutes filmées en plans longs, avec d'habiles mouvements de caméra qui permettent de passer d'un personnage seul à une vue d'ensemble, chaque acteur étant positionné avec précision. Certes, on reste là dans une tradition du théâtre filmé ; la surprise provient de la souillure de cet académisme raffiné par de réjouissantes âneries de fumetti, dont le cyclope velu mentionné plus haut. C'est le propre des grands films merveilleux que de savoir traiter un matérieu rocambolesque avec rigueur et dévouement.
A la base du plaisir procuré, il y a le héros : Jason saute, escalade une muraile, escalade une statue, fait des moulinets avec son épée. Pour un gosse, c'est suffisant. Avec sa construction en vignettes colorées, Le Géant de Thessalie rappelle les adaptations illustrées de Robin Des Bois ou de L'Ancien Testament que l'on a pu lire enfant. Pourtant, la présence de quelques images sanglantes ou gentiment érotiques (ah, le bon vieux coup de la demoiselle enchaînée !) adresse plutôt le film aux adultes. Il fonctionne alors - et sûrement encore plus maintenant,  et peut-être  même seulement maintenant, avec un demi-siècle de décalage - par effet de nostalgie assumée, ramenant le spectateur adulte à un âge où il savait s'enthousiasmer sans arrière-pensée. Le temps fait bien les choses : les récits édifiants sont toujours plus délectables avec le recul des ans, et ainsi le spectateur adulte peut, simultanément, éprouver un plaisir simple à suivre une histoire naïve tout en souriant de cette naïveté, être à la fois totalement dedans et légèrement à distance. C'est sans doute la grande force de ce cinéma primitif que de rendre les souvenirs d'enfance plus beaux que l'enfance, de faire croire que c'était mieux avant, alors qu'on sait bien tous qu'avant, c'était tout nazebroque.
Par Scritch - Publié dans : Rêveries
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 18:41
Madigan, Don Siegel, 1968


Don Siegel ayant à son actif au moins deux chef-d'oeuvres (Flaming Star et Hell Is for Heroes) et plein de machins bien chouettes (Dirty Harry, Invasion of the Body Snatchers, The Shootist), et la mention au même générique des blacklistés Howard Rodman et Abraham Polonsky et de l'anticoco primaire Richard Widmark étant assez intriguante, l'objet n'est pas resté bien longtemps dans le bac à soldes ("j'vous dis pas l'prix, c'est indécent") où il n'avait rien à faire.
Madigan peut être vu comme le film de transition entre les débuts de cinéaste classique de Siegel et sa période eastwoodienne plus moderne - la même année, il réalise Coogan's Bluff, sorte de brouillon de Dirty Harry. La facture doit encore beaucoup à la grande tradition hollywoodienne, mais l'influence de la télévision (et probablement, pour l'écriture, de la littéraure à la Ed McBain) se fait de plus en plus ressentir : la photographie pastel un peu terne n'a ni la flamboyance colorée des grands récits héroïques, ni le tranchant du noir et blanc de la bonne série B. On est dans le gris, le terne, le refus du lyrisme, bien rendu par la sécheresse du découpage de Siegel. Le scénario avorte la course-poursuite inaugurale pour se concentrer sur des sujets plus médiocres : enquête laborieuse faite de coups de fils répétitifs et de témoignages bidons, déboires conjugaux à tendance soap (pas les passages les plus convaincants), affaire de corruption au sein de la police... Même les potentiels grands sujets sont traités sous l'angle le plus désenchanté possible, comme lorsque le grand chef Henry Fonda (impérial, mais est-il besoin de l'écrire ?) doit faire face à des accusations de racisme, ou se coltiner une réunion avec une association de mères de familles... Tout cela pourrait être bien ennuyeux si ces scènes (qui constituent le corps du film alors qu'on pourrait être habitué à les voir à l'arrière-plan) n'étaient portées par une ironie désespérée (mais sans cynisme ni irrespect) et un beau sens du détail, une attirance pour les gestes routiniers du métier policier.
Jean-Patrick Manchette (ça fait toujours bien de caser des références littéraires) disait que le polar était "la grande littérature morale" ; le personnage ambigu de Richard Widmark répond exemplairement à cette règle. C'est un gros dur à l'ancienne, assez facilement détestable avec ses méthodes qui frisent plusieurs fois la bavure, mais dont le sens du devoir et le refus du carriérisme suscitent le respect, tout en laissant perplexe face à l'absurdité fataliste de son abnégation. Même Fonda, archétype du héros immaculé, voit finalement sa probité contestée. Là encore, les grandes questions sont posées sans ostentation, sans surcharge signifiante ni pédanterie moralisatrice, et c'est admirable.
Enfin (et maintenant, nous aurons une pensée émue pour Karl Malden), Madigan nous rappelle une époque pas si lointaine où le cinéma était peuplé de trognes incroyables, où les gueules cassées n'étaient pas cantonnées aux troisièmes rôles de dealers ou de portiers de discothèque. Si Henry Fonda reste dans la tradition des gravures de modes post-Valentino, les marques de l'âge en sus, Widmark est d'une beauté moins restrictive, celle qui séduit les admirateurs de James Cagney, Nick Nolte, Michel Contantin, Rod Steiger, Gary Busey, Henry Silva, Charles Bronson, Spencer Tracy,  Bolo Yeung, Lee Van Cliff, Kevin Bacon, Edward G. Robinson, Eli Wallach, Leslie Nielsen, Richard Kiel, Fred MacMurray... (Rajoutez vos chouette tronches préférées à la liste.)
Alors certes, Madigan n'est sans doute pas du grand cinéma (ni même du grand Siegel), mais  il s'en dégage un parfum Dernière Séance des plus agréables...
Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /Juin /2009 09:40
Cinderfella, Frank Tashlin, 1960


Comme son titre l'indique, le film est une relecture comique de Cendrillon ; Jerry Lewis y joue Fella, un adolescent attardé martyrisé par sa belle-mère et les fils d'icelle.
Commençons par le gros point noir du film : Jerry Lewis himself, dont le jeu tout en grimaces et gesticulations est assez vite horripilant. Certes, un tel volontarisme, une telle générosité corporelle méritent le respect, et avouons que Lewis arrache parfois péniblement un rire à force d'outrances, mais il n'est pas interdit de le trouver curieusement plus efficace dans les quelques scènes mélodramatiques, tout en y étant plus économe d'effets. Admettons ceci dit que l'exubérance de Lewis crée un contraste assez amusant avec le monolithisme aristocratique de ses frères, parfaitement incarnés par Robert Hutton et l'immense Henry Silva. Bergson disait que le comique était (de mémoire) "l'intrusion du mécanique dans le naturel". Comme son maître Stan Laurel, qu'il imite très mal, Lewis ramène du naturel dans le mécanique, refaisant le coup mile fois vu (avant et depuis) mais toujours efficace du maladroit incapable de se comporter comme l'on doit en société.
Là où le film marque des points, c'est sur le regard gentiment critique qu'il porte sur le conte qu'il adapte. Au début du métrage, Fella est tellement niais qu'il ne semble même pas se rendre compte qu'il est exploité, ce qui nous épargne le misérabilisme habituel de ce genre d'histoires. La bonne fée a ici des allures de joyeux poivrot, qui n'hésite pas à moquer les figures traditionnelles du conte : le prince charmant doit toujours y être beau et riche. Du même ordre, l'idée de faire tenir des rôles de jeunes premiers à des acteurs trentenaires ou plus est tout simplement brillante.
Mais la grande qualité de Cinderfella, et de l'oeuvre de Frank Tashlin en général, c'est son côté pop-art, avec ses couleurs pastel (il faut absolument voir Silva en robe de chambre rose au moins une fois dans sa vie) et ses décors beaux comme ceux des réclames pour les arts ménagers. Dans le genre ravissant, l'apparition furtive de la vraie Cendrillon est à faire passer Sirk pour Dreyer. La bande-son swing (avec apparition du Count Basie Orchestra) en rajoute dans la légèreté, pour un sujet somme toute assez grave.
Et c'est là qu'il faut réévaluer Jerry Lewis, producteur, et donc autant responsable que Tashlin de la direction artistique. On a trop vu depuis de comédies reposant sur leur acteur pour s'épargner toute recherche formelle pour ne pas bouder un tel soin dans la scénographie - les intermèdes musicaux valent bien certains Minnelli mineurs. Alors, on pourra trouver que par moments la bouffonerie triviale de l'acteur tranche vilainement avec la finesse d'écriture et de mise en scène de Tashlin, dont certaines trouvailles (mais qui sont peut-être aussi dues à Lewis, la répartition des tâches est peu claire) sont assez géniales - le gag qui consiste à faire changer Fella de veste pour mettre celle du valet quand on lui demande de faire le service à table est un des plus inventifs et intelligents que j'ai jamais vu. Au moins faut-il reconnaître à Lewis de bien s'entourer, ce qui est aussi une forme de talent. Et Cinderfella, s'il est loin d'être aussi hilarant que sa paire d'auteurs semble l'avoir souhaité, n'en est pas moins suffisemment riche en trouvailles et en malice pour maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'à un finale superbe.
Par Scritch - Publié dans : PTDR
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 11:46
Three Days of the Condor, Sydney Pollack, 1975


J'ouvre la nouvelle version du blog sur ce film, pas seulement parce que je viens de le voir, mais aussi et surtout parce qu'il incarne assez bien le fantasme cinéphile du cinéma américain des années 68-85, qui seraient celles d'un renouveau formel et thématique.
C'est dans le cas présent assez vérifiable pour le fond : non pas que le thème abordé (une histoire d'espionnage avec héros seul contre tous) soit vraiment neuf, mais son traitement moral l'est relativement : le personnage de Redford se durcit progressivement, allant par besoin jusqu'à séquestrer une innocente, avec ce que cela suppose d'ambiguités sexuelles. Ceci dit, si les valeurs officielles sont remises en question, il serait excessivement enthousiaste d'y voir une critique radicale de l'appareil d'Etat. Plus qu'un film de révolte, c'est un film de désillusion, qui ne dénonce pas tant qu'il ramène les choses à une saine neutralité, à une juste méfiance - et c'est déjà pas mal.
Formellement, l'apport des Nouvelles Vagues et des techniques de télévision (sous l'influence de cinéastes comme Lumet ou Schaffner) est flagrant. La caméra semble plus souple, le récit plus fluide, le jeu plus frais. Mais à bien y regarder, le film est-il vraiment éloigné dans sa construction de ceux de Preminger ou John Sturges, avec son montage long, sa dynamique en tension progressive, ses cadres larges qui ne se resserrent que pour les pics d'action, ou pour de très classiques dialogues en champ-contrechamp ? Certes, la mise en scène s'est débarassée des lourdeurs académiques - en en perdant nécessairement au passage certaines qualités : le cadrage est plus lâche, les couleurs sans éclat - mais finalement, il s'agit plus d'une mise à jour du classicisme que réellement d'un nouveau langage - plus tard, Pollack et Redford tourneront Out of Africa, modèle de néoclassicisme.
Evidemment, on pourrait méchament parler de fausse audace ou de duperie moderniste, mais c'est au contraire le miracle de ce cinéma que d'avoir su trouver, sans cynisme apparent, le point d'équilibre parfait entre bonnes vieilles valeurs et attentes d'un public jeune parfois contestataire. On appelle ça du divertissement intelligent, et franchement, ça fait du bien.
Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /Juin /2009 19:36
Et hop.
Par Scritch
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés