Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 19:57

The Green Hornet, Michel Gondry, 2011

 

Je suis rarement aussi direct et vulgaire, du moins je l'espère. J'ai du mal à qualifier autrement la désagréable expérience que j'ai vécu hier matin, et dont j'ai l'impression qu'elle m'a fait passer à côté d'un bon film. Le problème de la 3D obtenue en post-production (et non au tournage), ce n'est pas seulement la laideur du résultat, dépourvu de modelé, de relief réel ; ça me semble surtout être un problème de langage.greenhornet.jpg

L'autre jour, en passant dans un supermarché devant un téléviseur qui diffusait Avatar, je me suis pris à me dire que ce film qui m'avait plutôt plu en salle (en 3D) semblait dans sa version plate un peu mou, lâchement cadré et monté sans nervosité, ce qui ne correspond pas vraiment au professionnalisme efficace de Cameron. Oeuf corse, ce jugement est un peu lapidaire, encore plus compte tenu des conditions dans lesquelles il a été formulé (vite et mal) ; mais il en ressort l'idée que le relief ne peut pas être une simple enjolivure, que toute la grammaire du film doit être pensée en amont en fonction du support. La durée du plan doit permettre à l'oeil de parcourir le cadre non seulement de long en large, mais aussi d'avant en arrière ; en cas de plan court le cadre doit permettre d'attirer immédiatement le regard sur l'élément clef du plan, pas sur la composition dans son ensemble. Ces contraintes n'existant pas (ou moins) en 2D, on voit bien en quoi le relief s'il n'est pas prévu dès le début risque surtout d'embrouiller la lisibilité de l'action, déjà pas aidée par les critères du cinéma d'action contemporain en termes de montage.

C'est flagrant sur les champ-contre-champ : le relief crée une exagération des angles qui fait passez trop brusquement certains objets de la gauche à la droite (et inversement) pour que le spectateur s'y retrouve. De même, on peut se demander s'il est pertinent d'utiliser des focales extrêmes, surtout les focales longues qui aplatissent l'image (pour passer en 3D, c'est ballot), et s'il ne faudrait pas s'en tenir à une focale constante proche de celle de l'oeil humain. Je ne saurais trop dire de mémoire si ce problème se pose dans The Green Hornet, mais ce qui m'a vraiment frappé, c'est que Gondry filme un peu à la manière de Tony Scott, avec peu de profondeur de champ. On se déplace plus souvent dans The Green Hornet latéralement que d'avant en arrière. Ce choix de mise en scène n'est pas problématique en soit, mais il rend totalement aberrante la conversion 3D, qui veut rajouter du relief à une image qui n'en a pas, qui est faite pour n'en pas avoir.

A part ça ? Il m'a semblé malgré tout que le film était plutôt pas mal. Le scénario de Seth Rogen est un peu  trop du sous-Kevin Smith, plombé par des blagues lourdingues sur l'homosexualité potentielle des deux héros. La mise en scène de Gondry semble plus neutre qu'à l'accoutumée, même si son style bricolo-poétique brille par intermittences. Les scènes d'action comportent leur lot d'idées amusantes, et permettent à Gondry de rappeler que c'est lui qui a inventé les fioritures plastiques des Matrix et compagnie. Le travail des accessoiristes est remarquable, très Playmobil. Jay Chou est d'une élégance peu commune. Il faudrait sans doute que je le revoie pour mieux l'apprécier. Sur écran plat.

Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
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Commentaires

Ouais, ou alors on peut le voir comme l'équivalent des livres-pliages là. De la 3D mais vraiment bricolo. Du coup, si on est sympa avec michel (par chauvinisme ou même pour une mauvaise raison), on se dit qu'il a réussi à utiliser le paramètre grosse production le plus en vogue du moment, cad la 3D (surtout si c'est en post-prod que c'est fait, c'est tout à fait incroyable ça!) en en jouant, en le parasitant.

 

Commentaire n°1 posté par Pierre pierre pierre pierre le 16/01/2011 à 23h14

Oui je vois ce que tu veux dire. Le problème c'est que c'est moche quand même ; là où je te suis pas c'est qu'en général le credo Gondry c'est plutôt "je fais aussi bien que les grands avec mes petits moyens", là ça serait l'inverse "je fais amateur avec des gros moyens", c'est pas très cohérent. Et puis l'esthétique livre-pliage, c'est un truc assez franc, simple, tranché, très ligne claire, là où la 3D a plus tendance à embrouiller l'image je trouve. A la limite le seul moment où j'ai trouvé que la 3D créait un truc vraiment réussi et beau, c'est le générique de fin.

Réponse de Scritch le 17/01/2011 à 19h23

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