La Rupture dans la Continuité
Three Days of the Condor, Sydney Pollack, 1975
J'ouvre la nouvelle version du blog sur ce film, pas seulement parce que je viens de le voir, mais aussi et surtout parce qu'il incarne assez bien le fantasme cinéphile du cinéma américain des années 68-85, qui seraient celles d'un renouveau formel et thématique.
C'est dans le cas présent assez vérifiable pour le fond : non pas que le thème abordé (une histoire d'espionnage avec héros seul contre tous) soit vraiment neuf, mais son traitement moral l'est relativement : le personnage de Redford se durcit progressivement, allant par besoin jusqu'à séquestrer une innocente, avec ce que cela suppose d'ambiguités sexuelles. Ceci dit, si les valeurs officielles sont remises en question, il serait excessivement enthousiaste d'y voir une critique radicale de l'appareil d'Etat. Plus qu'un film de révolte, c'est un film de désillusion, qui ne dénonce pas tant qu'il ramène les choses à une saine neutralité, à une juste méfiance - et c'est déjà pas mal.
Formellement, l'apport des Nouvelles Vagues et des techniques de télévision (sous l'influence de cinéastes comme Lumet ou Schaffner) est flagrant. La caméra semble plus souple, le récit plus fluide, le jeu plus frais. Mais à bien y regarder, le film est-il vraiment éloigné dans sa construction de ceux de Preminger ou John Sturges, avec son montage long, sa dynamique en tension progressive, ses cadres larges qui ne se resserrent que pour les pics d'action, ou pour de très classiques dialogues en champ-contrechamp ? Certes, la mise en scène s'est débarassée des lourdeurs académiques - en en perdant nécessairement au passage certaines qualités : le cadrage est plus lâche, les couleurs sans éclat - mais finalement, il s'agit plus d'une mise à jour du classicisme que réellement d'un nouveau langage - plus tard, Pollack et Redford tourneront Out of Africa, modèle de néoclassicisme.
Evidemment, on pourrait méchament parler de fausse audace ou de duperie moderniste, mais c'est au contraire le miracle de ce cinéma que d'avoir su trouver, sans cynisme apparent, le point d'équilibre parfait entre bonnes vieilles valeurs et attentes d'un public jeune parfois contestataire. On appelle ça du divertissement intelligent, et franchement, ça fait du bien.
C'est dans le cas présent assez vérifiable pour le fond : non pas que le thème abordé (une histoire d'espionnage avec héros seul contre tous) soit vraiment neuf, mais son traitement moral l'est relativement : le personnage de Redford se durcit progressivement, allant par besoin jusqu'à séquestrer une innocente, avec ce que cela suppose d'ambiguités sexuelles. Ceci dit, si les valeurs officielles sont remises en question, il serait excessivement enthousiaste d'y voir une critique radicale de l'appareil d'Etat. Plus qu'un film de révolte, c'est un film de désillusion, qui ne dénonce pas tant qu'il ramène les choses à une saine neutralité, à une juste méfiance - et c'est déjà pas mal.

Formellement, l'apport des Nouvelles Vagues et des techniques de télévision (sous l'influence de cinéastes comme Lumet ou Schaffner) est flagrant. La caméra semble plus souple, le récit plus fluide, le jeu plus frais. Mais à bien y regarder, le film est-il vraiment éloigné dans sa construction de ceux de Preminger ou John Sturges, avec son montage long, sa dynamique en tension progressive, ses cadres larges qui ne se resserrent que pour les pics d'action, ou pour de très classiques dialogues en champ-contrechamp ? Certes, la mise en scène s'est débarassée des lourdeurs académiques - en en perdant nécessairement au passage certaines qualités : le cadrage est plus lâche, les couleurs sans éclat - mais finalement, il s'agit plus d'une mise à jour du classicisme que réellement d'un nouveau langage - plus tard, Pollack et Redford tourneront Out of Africa, modèle de néoclassicisme.
Evidemment, on pourrait méchament parler de fausse audace ou de duperie moderniste, mais c'est au contraire le miracle de ce cinéma que d'avoir su trouver, sans cynisme apparent, le point d'équilibre parfait entre bonnes vieilles valeurs et attentes d'un public jeune parfois contestataire. On appelle ça du divertissement intelligent, et franchement, ça fait du bien.
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