Sales Rouges

Publié le par Scritch

Pickup on South Street, Samuel Fuller, 1953


Cela ne fait aucun doute : la chute du rideau de fer nous a privé des plus beaux méchants de cinéma - soyons sérieux, les terroristes islamiste, c'est tout petit à côté. Les commies, voilà des vrais. Pickup on South Street (le titre le plus nawakement traduit de tous les temps) en contient un particulièrement vicelard, suintant la vilenie par tous les pores. Brutal, fourbe, et le pire, même pas vraiment gauchiste. Jamais il ne défend une idéologie, ne vante l'égalité des travailleurs. Un communiste insincère : c'est doublement une crapule.
Comme souvent les grands classiques, Pickup on South Street déçoit un peu relativement à sa réputation. Sa fameuse ultraviolence ne concerne réellement que les 20 dernières minutes - on veut bien croire que c'est beaucoup pour l'époque. Quand même, il y a là un fort trouble moral - l'appellation noir, parfois usurpée, est vraiment pour le coup autre chose qu'un label décoratif. Si le pitch hideusement mccarthyste pue un peu au départ (même s'il est rétrospectivement jouissif, c'est ainsi avec les films anti-rouge), on n'est pas en face pour autant d'un tract propagandiste, le personnage de Widmark, bien que poursuivi par les stals, rejetant tout autant le patriotisme en carton que le FBI veut lui faire avaler. Fuller a l'élégance de se faire détester autant des cocos que d'Edgar Hoover. Plus tard, il sera accusé de racisme pour White Dog, virulent et magnifique brûlot antiraciste. Voilà un garçon doué.
Tout ce qui pourrait être grandiose est systématiquement balayé, tout idéal considéré avec scepticisme. La dimension internationale du conflit ne l'emporte jamais sur le local, ce décor de ponton sans issue. On comprend dans cet attachement à la rue (avec de vrais extérieurs) ce qui a pu séduire Godard et les autres. La force descriptive de Fuller tient aussi dans son refus de s'attarder sur les détails de la misère, ce qui chez d'autres revient trop souvent, en voulant en rajouter dans le sordide, à enjoliver.
Pickup on South Street n'est pas aussi génial qu'annoncé mais reste de la très bonne came (vous m'excuserez l'allusion),  avec sa mise en scène en plans longs traversés de mouvements de caméra dynamiques et précis, son montage parcimonieux qui ne se resserre que pour les scènes décisives, son économie scénaristique - à la treizième minute, les flics tiennent déjà leur suspect. Ce remarquable sens du rythme confère au film une énergie qui, plus de 50 après, fait toujours son petit effet. La vulgarité parfaitement dosée de Jean Peters est un plus appréciable.
Publicité

Publié dans Tuff Guyz

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article