Artisanat

Publié le par Scritch

L'Isola degli Uomini Pesci, Sergio Martino, 1979


En 1979, quand Sergio Martino sort ce Continent des Hommes Poissons, le ciné pop italien est à un tournant, à la fin d'une histoire glorieuse parsemée de titres prestigieux quoiqu'un peu désuets, et commence à sombrer dans la parodie plus ou moins volontaire avant l'Everest nanar des années 80. C'est un cinéma curieux, puisqu'ouvertement plagiaire (ce film-ci emprunte pas mal à L'Île du Dr Moreau) et en même temps anachronique, encore tourné vers le divertissement pur, avec une morale intemporelle détachée des préoccupations politiques du Nouvel Hollywood, plus strictement contemporaines. Martino persiste dans la voie de l'aventure coloniale (dans la lignée de Tarzan ou d'Allan Quatermain), sans arrière-pensée (le message semblant un peu là pour faire bien) et surtout sans aucune distance ironique. Il y a là une île mystérieuse, des monstres, des Noirs pittoresques (il est vrai que tout n'a pas bien vieilli dans le cinéma colonial), des galeries caverneuses, un trésor, un savant dérangé et son labo secret. Cela ne vous suffit pas ? Vous êtes bien pisse-froid.
Si l'on peut regretter une certaine mollesse, et s'il est vrai que Martino n'est pas un cinéaste immense, reconnaissons qu'il suit parfaitement les règles du suspense progressif, prenant soin de planter un décor attractif, de ne pas montrer immédiatement les monstres dans leur intégralité, et de faire intervenir chaque nouveau personnage l'un après l'autre, au compte-goutte. Et donc le fait que le scénario soit construit autour de peu n'importe pas dès lors qu'il est aussi soigneusement construit. Et c'est ce mot-là qui compte : soin. Sans contenir aucune fulgurance esthétique, le film nous venge des navets mal torchés en montrant le travail d'un artisan consciencieux qui, à l'évidence, pense chaque plan et chaque cut dans un souci de lisibilité et d'efficacité optimales. Étrangement, ce cinéma joyeusement bonimenteur (et souvent même roublard voire margoulin), qui aime se faire passer pour ce qu'il n'est pas (le cinéma américain classique, avec casting international et parfois auteurs sous pseudo anglicisant), s'il peut être taxé de mensonger dans son emballage, oublie dans la facture du film (finalement, la seule chose qui importe) de se moquer du monde. C'est bien.
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Publié dans Rêveries

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