Samedi 31 octobre 2009
Day of the Dead, George A. Romero, 1985
Mystère du cinéma : alors qu'il déçoit grandement à la première vision, Le Jour des Morts-Vivants se révèle à la quatrième un des plus beaux films de son auteur. Un des plus sombre, des
plus désespérés, au prix certes d'une certaine pesanteur. Qu'on prenne son ouverture : dans n'importe quel autre film, ce serait le finale. Dès ses premiers plans, Day of the Dead saute
à la gorge du spectateur pour ne plus la lacher. Qu'est-ce qui, alors, entraînait jusqu'ici quelques réserves ?
Souvent, la critique a considéré que les films de Romero étaient plus intéressants que le tout-venant zombi pour leur contenu satirique quelque peu gauchisant.
C'est faux. Ils sont supérieurs à la moyenne parce que Romero est un grand metteur en scène, point. Comme s'il voulait tendre la perche pour se faire envoyer des fleurs, Romero donne sur ce film
raison aux milliers (dont je suis) qui avaient voulu voir dans Night of the Living Dead un pamphlet féministe et antiraciste, alors qu'il avait toujours maintenu qu'il ne s'agissait
que d'un efficace divertissement. Quand sur ses précédents films, le discours avançait masqué sous l'humour (le curé hypocrite joué par Romero lui-même dans Martin, la gallerie
marchande de Dawn of the Dead), il est ici terriblement premier degré. On saisit que Romero n'est pas trop fan du reaganisme triomphant. On s'en doutait déjà très bien, en fait :
pourquoi insister ? Les militaires beaufs contre les savants déshumanisés comme métaphore du complexe militaro-industriel, oui, bon, pourquoi pas, mais quand même, nul n'était besoin d'autant
forcer le trait, me semble-t-il.
Malgré ces réticences, Day of the Dead émeut aussi pour ce pessimisme no future qu'aucun sarcasme ne vient atténuer, et pour son traitement des zombis, pour la première fois envisagés comme des personnages dignes, voire des victimes. Ce qui pouvait précédemment prêter à rire dans leurs regards hagards, leurs mouvements malhabiles, entraîne déormais l'empathie : on préfère leurs hésitations débiles aux certitudes en plomb des fascistes. On se dit que leurs corps en décomposition ont beau être répugnants, ils nous rappellent aussi que la matière humaine est vivante, donc périssable. De la chair, pas du plastique mécanique. Et surtout, il y a cet extraordinaire finale de western souterrain, auquel, j'ai beau chercher, je ne trouve pas d'équivalent ailleurs : Romero y fait preuve d'une grâce, d'une science de l'espace et du découpage absolument magistrale, qui laissent 98% du cinéma d'action moderne très loin derrière lui.
Souvent, la critique a considéré que les films de Romero étaient plus intéressants que le tout-venant zombi pour leur contenu satirique quelque peu gauchisant.
C'est faux. Ils sont supérieurs à la moyenne parce que Romero est un grand metteur en scène, point. Comme s'il voulait tendre la perche pour se faire envoyer des fleurs, Romero donne sur ce film
raison aux milliers (dont je suis) qui avaient voulu voir dans Night of the Living Dead un pamphlet féministe et antiraciste, alors qu'il avait toujours maintenu qu'il ne s'agissait
que d'un efficace divertissement. Quand sur ses précédents films, le discours avançait masqué sous l'humour (le curé hypocrite joué par Romero lui-même dans Martin, la gallerie
marchande de Dawn of the Dead), il est ici terriblement premier degré. On saisit que Romero n'est pas trop fan du reaganisme triomphant. On s'en doutait déjà très bien, en fait :
pourquoi insister ? Les militaires beaufs contre les savants déshumanisés comme métaphore du complexe militaro-industriel, oui, bon, pourquoi pas, mais quand même, nul n'était besoin d'autant
forcer le trait, me semble-t-il.Malgré ces réticences, Day of the Dead émeut aussi pour ce pessimisme no future qu'aucun sarcasme ne vient atténuer, et pour son traitement des zombis, pour la première fois envisagés comme des personnages dignes, voire des victimes. Ce qui pouvait précédemment prêter à rire dans leurs regards hagards, leurs mouvements malhabiles, entraîne déormais l'empathie : on préfère leurs hésitations débiles aux certitudes en plomb des fascistes. On se dit que leurs corps en décomposition ont beau être répugnants, ils nous rappellent aussi que la matière humaine est vivante, donc périssable. De la chair, pas du plastique mécanique. Et surtout, il y a cet extraordinaire finale de western souterrain, auquel, j'ai beau chercher, je ne trouve pas d'équivalent ailleurs : Romero y fait preuve d'une grâce, d'une science de l'espace et du découpage absolument magistrale, qui laissent 98% du cinéma d'action moderne très loin derrière lui.
Si l'on peut regretter une certaine mollesse, et s'il est vrai que Martino n'est pas un
cinéaste immense, reconnaissons qu'il suit parfaitement les règles du suspense progressif, prenant soin de planter un décor attractif, de ne pas montrer immédiatement les monstres dans leur
intégralité, et de faire intervenir chaque nouveau personnage l'un après l'autre, au compte-goutte. Et donc le fait que le scénario soit construit autour de peu n'importe pas dès lors qu'il est
aussi soigneusement construit. Et c'est ce mot-là qui compte : soin. Sans contenir aucune fulgurance esthétique, le film nous venge des navets mal torchés en montrant le travail d'un
artisan consciencieux qui, à l'évidence, pense chaque plan et chaque cut dans un souci de lisibilité et d'efficacité optimales. Étrangement, ce cinéma joyeusement bonimenteur (et souvent même
roublard voire margoulin), qui aime se faire passer pour ce qu'il n'est pas (le cinéma américain classique, avec casting international et parfois auteurs sous pseudo anglicisant), s'il peut être
taxé de mensonger dans son emballage, oublie dans la facture du film (finalement, la seule chose qui importe) de se moquer du monde. C'est bien.
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