Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 20:38

Bian Fu Chuan Qi, Chu Yuan, 1978

 

Parmi les grands réalisateurs de la Shaw Bros, Chu Yuan reste un peu moins connu que Chang Cheh et King Hu, Quelque part entre les deux, plus artiste que Chang (il a fait ses débuts dans le cinéma indépendant cantonnais), plus porté que Hu sur l'action et le divertissement, c'est un cinéaste qu'on dirait influencé par l'Italie, alors qu'on nous avait juré que le cinéma HK était autarcique. Je n'en sais rien et m'avance peut-être imprudemment, mais il y a quelque chose de Bava et Freda, voire de Visconti, dans les décors, les costumes et la manière de faire se cotoyer les personnages (et les zooms ! very important les zooms !). Manière de dire que c'est un régal à regarder.iledelabete.jpg

L'Île de la Bête est un joyeux mélange d'un peu tous les genres pulp : une pincée d'Allan Quatermain (les héros explorent une grotte mystérieuse), d'Agatha Christie (les meurtres ont lieu à huis-clos), de Mission: Impossible (tout le monde espionne tout le monde) et de wu xia classique, tout ça mélangé dans une saine hétérodoxie qui permet de multiplier les surprises puisqu'on ne peut plus, une fois sorti des codes, prédire à l'avance ce qui va suivre. Cette diversité se retrouve dans les combats, qui présentent variété d'armes - on y trouve même une morgenstern, chose que je n'ai pas trop souvenance d'avoir vu dans ce genre de films, mais je me trompe peut-être.

Le côté feuilletonesque du récit le rend parfois difficile à comprendre (il y a environ un rebondissement toutes les trois minutes), et pourtant le récit est toujours fluide, Chu parvenant à tenir une sorte de limpidité dans la complexité, chaque scène amenant logiquement la suivante, ce qui est aussi affaire de lisibilité de la mise en scène, donc de découpage, et ainsi le spectateur n'est jamais vraiment perdu même si tout cela est un peu touffu, mais du touffu séduisant, celui d'un romanesque dense qui existe plus dans la littérature classique qu'au cinéma. Et donc : on s'amuse comme rarement.

Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 20:57

Cinéastes à Tout Prix, Frédéric Sojcher, 2004

 

Cinéastes à Tout Prix présente trois cinéastes belges amateurs, ou plutôt, disons, pour donner un peu plus dans le prestigieux, ultra-indépendants : Max Naveaux, Jacques Hardy et celui qui est sans doute les plus connu et le plus fascinant du lot, Jean Jacques Rousseau. Paradoxe : ces cinéastes sont condamnés à la marginalité alors qu'ils oeuvrent dans les genres populaires : films de guerre, d'horreur, de SF, comédies, péplums... Sans doute est-ce parce que le cinéma dit grand public a abandonné ces genres au profit du syncrétisme du thriller hi-tech qui est tous les genres à la fois sans en être aucun - s'est un peu perdu, en route, le plaisir simple des illustré à deux francs, parce que pèse trop sur le cinéma mainstream la fausse menace du kitsch. Quand les films ont trop peur d'être ringards, grotesques, ridicules, ils courent le risque d'être contraints à la banalité.rousseau.jpg

L'équilibre à trouver pour traiter de tels énergumènes n'est pas aisé, tant il est tentant de ce moquer devant ces pelloches handicapées ; et d'un autre côté il serait malhonnête d'être trop précautionneux : être conciliant à l'excès n'est guère plus élégant qu'être méprisant. Alors on sourit à tout ce qui est mal fait dans ces films, et en même temps on est admiratif, parce que malgré tout, c'est fait. On dit parfois, avec un peu de condescendance : "tel film à au moins le mérite d'exister". On mesure ici à quel point ce mérite peut être immense.

En plus des cinéastes, Sojcher nous présentent leurs acteurs et collaborateurs qui sont, dans le civil, commerçant, bedeau, député, agent de police... Le cas de Hardy est intéressant, qui a réuni autour de lui une véritable coopérative, comme une fraternité anarcho-syndicale de cinéma autarcique - belle tentative de démocratisation du cinéma, de le rendre accessibles aux petites mains. Et pourtant, et heureusement, la difficulté de l'entreprise (ces gens-là ne sont pas tout le monde) empêche de désacraliser pleinement le cinéma.

Par Scritch - Publié dans : PTDR
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 20:18

Comme l'année dernière, je précise que, c'est une évidence, mon temps libre et mon budget ne me permettent de voir qu'une infime partie de ce qui sort en salle, même si je m'efforce autant que possible de varier les plaisirs dans mes choix de films - c'est-à-dire que je vois en général deux films en salles par semaine, une grosse sortie et un truc un peu plus pointu. Entre snobisme et beauferie, je ne tranche pas, et si j'essaie d'équilibrer mon temps entre films d'origines et de statuts divers, je m'efforce autant que possible de n'en pas tenir compte dans mon avis - et donc, si m'horripile ce totalitarisme publicitaire des films obligatoires, je ne défendrai pas pour autant, sauf faiblesse du coeur bien tolérable, un petit film juste par plaisir de jouer David contre Goliath.

Ensuite : il va de soi que hiérarchiser les films n'est pas chose aisée (ni même très maligne) tant les critères, les raisons de s'intéresser à un objet cinématographique sont multiples. Je n'ai pas forcément retenu le plaisir pur, immédiat (l'hilarant Halal Police d'Etat aurait alors été en tête), préférant l'impact durable, le labour creusé profond. A l'exception de Scream 4, tous les films retenus m'ont mis dans un état proche du recueillement ; je les ai reçus comme j'aurais reçu, si j'étais croyant, la parole du Christ.

 

Et donc les grands vainqueurs sont :

 

10 How Do You Know, James L. Brooks, modèle de comédie intelligente, sorte de Rohmer américano-mainstream, mis en scène avec une grande précision discrète

8 exaequo Meek's Cutoff, Kelly Reichardt et Blackthorn, Mateo Gil, deux westerns contemplatifs visuellement tétanisants et traversés de questionnements politico-philosophiques en douceur

7 Dernière Séance, Laurent Achard, film inespéré, comme tourné exprès pour moi, sorte de croisement fou entre Bresson et Argento, donc chaque plan suinte l'amour absolu du cinéma - nécessaire et fabuleux : un film qui nous fait croire que Georges Franju et Jean Rollin ne sont pas tout à fait morts

6 Somewhere, Sofia Coppola, captation mélancolique et d'une grande douceur de la violente beauté de Los Angeles

5 Scream 4, Wes Craven, véritable plaisir intellectuel, presque mécanique dans sa virtuosité froide, très drôle et cinéphile comme il faut

4 Senna, Asif Kapadia, drame romantique poignant bien que construit avec des images télévisuelles de bagnoles

3 Essential Killing, Jerzy Skolimowski, peut-être bien le film le plus purement audiovisuel (c'est-à-dire : de l'image et du son) vu cette année

2 Cave of Forgotten Dreams, Werner Herzog, rêverie éveillée, expérience sensorielle ultime qui prouve que le relief n'est pas juste un bidule destiné à faire cracher deux euros de rab au cochon de payant

1 Rise of the Planet of the Apes, Rupert Wyatt, un grand film de SF doublé d'un mélodrame bouleversant sur la condition humaine

 

En bonus, parce qu'un peu bancal, mais suffisamment attachant et singulier pour être mentionné ne serait-ce qu'en passant : Road to Nowhere, le petit grand retour de Monte Hellman, avec un film qui pose inlassablement la seule question qui vaille : Qu'est-ce que la Beauté ?

 

A côté de ces réussites dont la variété est une raison de plus de se réjouir, une tendance un peu douloureuse de 2011 : pas mal de grancinéastes m'ont semblé avoir cruellement raté leurs films (enfin, j'espère qu'ils les ont ratés, car s'ils sont arrivés à ce qu'ils visaient, c'est réellement inquiétant) ; je parle de Malick avec Tree of Life, d'Eastwood avec Hereafter, de Von Trier avec Melancholia (trois âneries new age en plus d'être des films pas terribles), de Van Sant avec Restless, d'Aronofsky avec Black Swan, films qui, même si d'autres grancinéastes ont livré de bons voire très bons films (Almodovar, Allen, Spielberg, les Coen) m'ont incité, peut-être à tort, à esquiver les derniers Cronenberg et Polanski, par crainte. Certes ces films ne sont pas intégralement nuls, la fin du Van Sant est très belle, comme un miracle in extremis, et les premières demi-heures du Malick et de l'Eastwood sont même magnifiques, mais enfin, rien vraiment qui vaille un bon Van Damme.

Par Scritch
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 00:00

You Better Watch Out, Lewis Jackson, 1980

 

Parce qu'il a été traumatisé enfant par la vision du Père Noël lutinant sa maman, un brave type un peu transparent devient au moment des fêtes un vengeur rouge et blanc traquant les méchants adultes qui n'ont pas été sages pour le leur faire payer très cher. Cas doublement intéressant puisque pour une fois 1) un film assume vraiment l'empathie qu'il a pour son boogeyman - OUI, ON EST CONTENT DE VOIR SES VICTIMES MOURIR - et 2) ce boogeyman n'est pas un personnage terrifiant et flamboyant mais un pauvre vieux gars à la misère affective évidente.christmasevil.jpg

You Better Watch Out / Christmas Evil suinte la médiocrité et, croyez le ou non, c'est une qualité. Voilà un film qui vient du fond de la poubelle du Z (son auteur, Lewis Jackson, n'a rien tourné d'autre), qui refuse la beauté, ou plus certainement est incapable d'en produire, bien aidé en cela par la copie dégueulasse vendue par les affreux de chez Bach Films ; il s'en dégage une noirceur, un désespoir intenses : pas de salut possible pour ce film incapable de s'extraire de sa gangue. A bien y réfléchir, on ne voit guère que le Driller Killer de Ferrara qui atteigne ce niveau de nihilisme - mais Driller Killer était sauvé par son humour punk, alors que Christmas Evil est presque intégralement vomitif.

Et puis dans les dernières images l'impensable survient, le film verse in extremis dans la poésie naïve ; et l'on se prend à penser que Lewis Jackson est plus généreux que se que laissait supposer l'abjection filmique qu'il nous avait imposée jusqu'ici, peut-être pour rappeler que c'est sur le fumier que poussent les roses. Parce qu'alors, dans le seul instant de lumière du film, il va accorder la grâce à son héros, affirmant contre la dégueulasserie du monde que les enfants ont mille fois raison de croire au Père Noël.

Par Scritch - Publié dans : Rêveries
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 18:36

China O'Brien, Robert Clouse, 1990

 

On peut se demander ce qui pousse les gens de chez Seven Sept à sortir ce film et sa suite dans une copie à peine digne d'un VCD compressé comme un César. Ceci dit, on est quand même heureux que soit disponible (c'est inespéré et sûrement pas rentable pour l'éditeur) ce remugle de vidéo-club, pour un prix authentiquement populaire. Certaines choses relèvent du miracle.chinaobrien.jpg

J'ai une immense admiration pour Cynthia Rothrock (qui joue le personnage-titre) et son acolyte Richard Norton, acteurs de quatrième plan sans doute mais qui ont réussi à s'imposer comme de véritables vedettes à Hong-Kong. Si Norton est essentiellement cantonné aux rôles de méchants parce que blanc (sans commentaire), Rothrock a quant à elle, exploit remarquable, obtenu des rôles d'héroïne, notamment aux côtés de Michelle Yeoh dans le très crétin (mais très amusant) Yes Madam de Corey Yuen. En plus de capacités martiales assez époustouflantes, c'est une comédienne qui a du chien, capable d'imposer une présence malgré un petit gabarit. Au contraire, Richard Norton a le charisme d'une endive, mais comme il est très fort en baston et que de toute façon on ne regarde ce genre de films que pour la baston, ça nest pas bien grave. Norton pratique un style de combat très crédible (c'est un ancien bodyguard), sans grand rapport avec les cascades extravagantes à la mode de Hong-Kong. Ce vérisme sec (dans le genre des Van Damme tardifs) était probablement la meilleure manière de faire correspondre l'action au décor.

China O'Brien est en effet une tentative d'internalisation de Golden Harvest, délocalisée pour l'occasion dans l'Utah - tentative qui n'est pas isolée, la firme aux quatre rectangles s'étant également illustrée sur le marché mondial en co-produisant L'Équipée du Cannonball, le deuxième épisode des Tortues Ninja et bien sûr le classique mineur Opération Dragon, première incursion de Robert Clouse dans le kung-fu. Oui, cette toute petite série B sans budget apparent, c'est une production Golden Harvest, et sans doute faut-il voir dans l'écart entre ce film et les Jackie Chan de la même époque (qui semblent dix fois plus riches) une conséquence des écarts de coûts entre les États-Unis et Hong-Kong. China O'Brien permet au passage de se faire une idée de l'opinion que Raymond Chow et ses collègues ont des américains, qui hormis les héros et leurs proches sont pour la plupart une belle brochette de rednecks teubés.

Ceci dit ce côté bouseux offre au film quelques beautés, permettant à Robert Clouse de montrer un réel talent de documentariste dans les passages les plus typiquement américains, comme la campagne de China O'Brien pour l'élection au poste de shérif, passages qui permettent de constater une fois de plus l'époustouflante cinégénie du Heartland.

Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 15:59

Fa qian han, John Woo, 1977

 

Money Crazy est un film de John Woo parce que c'est marqué au générique et sur la jaquette, autrement ça ne se voit pas trop. En cherchant bien (vraiment bien) on peut percevoir un peu du futur auteur de Hard Target dans un très beau plan de la moitié du visage de Richard Ng reflétée dans un rétroviseur, et dans une étonnante parodie de Topkapi, vingt ans avant celle de De Palma dans Mission: Impossible, avec le même gag de la goutte de sueur qui risque de déclencher l'alerte. Alors on pourra faire la fine bouche sur ce qui n'est de la part de Woo que besogne de yes-man, mais on pourra aussi apprécier la possibilité qui était donnée par Golden Harvest au cinéaste débutant de faire ses gammes, d'apprendre le métier pour pouvoir devenir le virtuose que l'on sait.moneycrazy.jpg

Le niveau comique de Money Crazy n'est pas très élevé. C'est de l'humour de coups de pied au cul d'un primitivisme consternant quoiqu'occasionnellement réjouissant. Par exemple : Richard Ng court au ralenti parce qu'il est amoureux. Sa course s'interrompt quand il met le pied sur une déjection canine. Voilà, ça, chez Golden Harvest, c'est un gag.

En vérité Money Crazy ne vaut quasiment que pour les bonnes têtes d'ahuris de Ricky Hui et Richard Ng, deux génies trop peu vantés de ce côté du monde, et les grimaces impayables qu'ils effectuent à chaque malheur qui leur arrive, c'est-à-dire très souvent. Les ahuris ne sont pas des abrutis. Les abrutis sont décérébrés (par la télévision, la publicité, les discours de Lionnel Luca, la skyroulette) ; les ahuris sont prévenus contre ce mal parce que leur cerveau ne s'est jamais rempli, d'où cette sorte de virginité poétique qui les protège des complications du monde. Derrière leurs faciès crétins, Ricky Hui et Richard Ng sont comme des anges descendus purifier ce monde de ses aberrations sophistiquées - car en fait, l'enfantillage est une arme contre l'infantilisation.

Par Scritch - Publié dans : PTDR
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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 22:36

Dark Floors, Pete Riski, 2008

 

C'est très certainement ce que Don Simpson appelait un high concept movie : un film pensé et interprété par les braves gens de Lordi (Kiss avaient aussi eu le leur en leur temps) ; le genre de chose qu'on a bien envie de voir par perversité amusée - et puis, finalement, on découvre que, loin de la bouffonnerie espérée, c'est un film sérieux et relativement ambitieux que nous vend le groupe, et là, on se dit : pourquoi pas. Certes, Dark Floors est très loin d'être un grand film. Mais c'est un petit film avec pas mal de belles choses dedans.lordi.jpg

Une des raisons pour lesquelles j'aime beaucoup les films d'horreur, c'est que c'est un genre qui réclame de prendre du temps pour construire une ambiance, installer un univers, partant du principe que cet univers s'éloignant du réel n'est pas d'emblée crédible pour le spectateur. Dark Floors a beau, en bonne série B, ne durer que 75 minutes, il n'est pas excessivement trépidant pour autant, parce qu'il sait que la précipitation nuit à l'atmosphère. C'est un film d'exploration, façon Dungeons & Dragons, ou jeux vidéos, les différents étages de l'hôpital dans lequel se déroule l'action étant un peu comme les niveaux successifs d'un Castelvania. Riski filme beaucoup en plans larges et relativement longs, avec de très lents mouvements de caméra pour faire inquiétant, et même si l'on n'est jamais très loin de l'académisme chichiteux, c'est fait avec beaucoup de soin, une forme de beauté froide un peu factice.

Certes ça n'évite pas les clichés du film de couloirs avec éclairages fluos dysfonctionnels, pas plus que ceux du huis-clos psychologique, avec forcément un bon père de famille (qu'on suppose veuf ou célibataire, comme si ça devait le rendre plus dévoué ou plus courageux) et un connard de businessman égoïste (qui est en plus, nos amis scientifiques apprécieront, le sceptique de la bande) ; mais enfin, dans un genre aussi codifié et surbalisé que celui-ci, on ne peut pas espérer tous les jours des miracles.

Dark Floors a un moins le mérite de placer la Finlande sur la carte du cinéma mondial, même si le film est tourné en anglais avec des acteurs anglophones, pour l'exportation. Très franchement, le résultat est tout à fait honorable et donne envie de voir autre chose de là-bas. Modestes et raisonnables, les gars de Lordi se contentent d'apparitions, jouant les spectres qui hantent l'hôpital, avec des maquillages semble-t-il plus poussés encore que ceux qu'ils arborent sur scène. Petit bémol toutefois : tout à son désir légitime de faire un film sérieux et crédible, le Lordi crew attend le générique de fin pour pousser la chansonnette. C'est dommage, on aurait bien envoyé une copie à Michel Drucker.

Par Scritch - Publié dans : Rêveries
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 20:19

Joko invoca Dio... e muri, Antonio Margheriti, 1968

 

Joko, rebaptisé Django à l'export par des distributeurs qui ignorent la honte, apprend que des méchants font la peau à ses anciens acolytes ; saisi d'un mécontentement justifié, il va tous les buter. C'est ce que j'appelle un chouette scénario. Joko est interprété par Richard Harrison. Oublions un instant ses tristes égarements chez Godfrey Ho : voilà un acteur formidable, physiquement magnifique et tout à fait crédible en anti-héros taciturne, dans la lignée de Clint Eastwood et du Mario Girotti davant les clowneries. Le genre de type qui a à peine à plisser les yeux pour que les choses deviennent sérieuses.joko.jpg

Avec Django, la mort est là se situe dans la lignée des premiers Leone,en plus pop, en plus décadent pourrions-nous dire si ce beau mot n'était malheureusement négativement chargé. Margheriti est un petit maître comparé à Leone, son travail n'en est pas moins soigné, avec de beaux cadres tarabiscotés, une emphase baroque et la même manière, mais en moins prononcée, de surdécouper pour créer de la tension par la dilatation temporelle de l'action. Paradoxalement, si Leone est un grand cinéaste, c'est parce qu'il est plus lourd que Margheriti : en faisant durer le plan, il impose son talent au spectateur, presque à l'usure. Et c'est pour ça qu'il faut aussi de petits films comme celui-ci, parce qu'il y en a peu parmi les grands qui ont cet allant, cette vivacité sans arrière pensée, figés qu'ils sont dans leur majesté.

Antonio Margheriti est surtout connu pour ses films fantastiques, et il apporte un peu de cet univers dans le western. Joko comporte plusieurs scènes de nuit, un flash-back de cambriole qu'on aurait pu trouver dans un Fantômas, et un finale dans un grotte qu'on dirait hantée et qui pourrait être l'une de celles de Maciste en Enfer ou de Hercule contre les Vampires. C'est cette touche étrange (plus tard, on systématisera l'emploi du mot crépusculaire), mine de rien la marque d'un auteur, qui couplée à une exécution parfaite fait de ce film une sorte de chef-d'oeuvre mineur.

Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 14:28

Senna, Asif Kapadia, 2010

 

Quand j'étais petit, je n'avais pas la télévision, et quand je l'ai enfin eue, on ne regardait de toute façon pas le sport à la maison. Et pourtant je savais qui étais Ayrton Senna, parce que c'était un héros de cour de récréation. On jouait à être Ayrton Senna en braillant vroum vroum sous le préau, on se massait autour de celui qui avait la Game Gear avec le jeu Senna dessus. Alors voir un film sur Senna me fait un peu le même effet que feuilleter un album Panini période Boli-Papin. Je ne sais trop ce que peuvent ressentir à sa vision des spectateurs plus jeunes, qui n'ont pas connu Senna vivant ; pour moi, c'est magnifique.senna.jpg

Le film d'Asif Kapadia est un montage d'images d'archives, certaines connues (des retransmissions télévisées de courses ou d'interviews), d'autres à la valeur documentaire plus frappante, comme celles de ces réunions entre coureurs et huiles de la fédé, images qu'on n'avait jamais vues et qui montrent une tentative de démocratie du sport assez intrigante. Ce qui stupéfait le plus, c'est que ces images n'avaient pas vocation à être belles lors de leur tournage, allant du télévisuellement efficace au moche en passant par l'ordinaire, mais qu'elles le deviennent par la grâce du montage de Kapadia et de ses artifices : ralentis, musique, etc. Où l'on reposera l'éternelle question : Qu'est-ce que le cinéma ?

Le récit construit une fiction avec un héros pur mais impétueux, affrontant un Alain Prost calculateur ; à cette différence de manière s'ajoute une différence physique : j'avais oublié à quel point Senna était beau - Prost, pardon, a un physique plus rabougri, à la Eric Zemmour un peu. Ce qui surprend le plus c'est l'apparente naïveté de Senna, presque angélique, naïveté dont on sait qu'elle est impossible dans un milieu qui manie les contrats bétonnés et les sommes à six chiffres. Alors par moments on a la désagréable impression que le film nous ment, et pourtant on veut y croire comme on veut croire que James Stewart a tué Liberty Valance, parce que c'est un beau mensonge.

A la fin, quand [SPOILER] Senna meurt, il y a quelque chose de métaphysique : c'est comme si l'Histoire ne voulait plus de lui. Prost s'est retiré, Mansell ne vas pas tarder à le faire, on passe à autre chose (le film revient brièvement sur la controverse des véhicules assistés par informatique) : c'est l'époque de Shumacher, Häkkinen, je ne sais pas s'il en restera le même parfum de légende.

Ce qui me frappe le plus dans Senna, c'est de voir à quel point dans un Brésil perturbé politiquement, Ayrton est un héros. Rationnellement, c'est affligeant, parce qu'on ne voit pas trop en quoi un gugusse dans sa voiture peut faire quoi que ce soit pour éradiquer la misère, et pourtant c'est bouleversant : quand le peuple n'a plus rien, lui reste Ayrton Senna.

Par Scritch - Publié dans : Fleur Bleue
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Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 18:24

Until Death, Simon Fellows, 2007

 

C'est entendu : Van Damme vieillissant veut faire dans le réaliste, le dur et sec. Il faudra faire le deuil du grand écart facial et du mawashi par-dessus la tête pour laisser place à la castagne nerveuse et contenue, passer d'un style ample, qui permettait au geste de se déployer dans toute sa splendeur, à une posture ramassée, repliée sur soi comme pour retenir la rage, ne laissant la beigne surgir que par éclairs. Cette option pas inintéressante bien qu'un tantinet frustrante était déjà explorée par Simon Fellows dans son Second in Command de 2006, film plombé par une réalisation informe et un scénario sans enjeu. Until Death élève sensiblement le niveau sans être génial non plus. Le découpage fonctionne et utilise plutôt bien le décor désormais obligatoire d'usine est-européenne. Quant au scénario, il semblerait qu'il repique beaucoup le Loving You de Johnnie To, film que je n'ai pas vu, mais dont le synopsis est effectivement plus que proche.untildeath.jpg

L'économie restreinte de ce type de production oblige à n'embaucher que des character actors inconnus mais crédibles, gardant le gros du budget pour Jean-Claude et un Stephen Rea inattendu et plutôt rigolo dans le rôle du grand méchant. Le film trouve là un équilibre efficace entre des acteurs qui ne font pas plus que ce qu'on attend d'eux, mais le font très bien, sans que leur application se voie, et Stephen Rea au jeu plus flamboyant, à la limite du cabotinage (mais sans jamais en être), petit plus qui élève sensiblement Until Death au-dessus du niveau du DTV standard. De toute façon, les acteurs, on s'en fout un peu : on est là pour voir Van Damme, qui vieillit comme le bon vin. On est vraiment à mille lieux du karateka charmeur mais encore un peu gauche des années Cannon. Ça a un nom : le travail.

On peut s'interroger sur cette manière qu'à Van Damme de multiplier depuis une décennie les rôles de personnages en quête de rédemption (ici, un flic cramé qui se découvre une bonté d'âme après un séjour dans le coma), comme s'il avait quelque chose à se faire pardonner, mais quoi ? La drogue, les affaires de famille ? Cela ne nous regarde pas. Avoir tourné dans quelques mauvais films (mais pas tant que ça) ? Daniel Auteuil aussi et on n'en fait pas tout un plat. Ou alors : Van Damme se prend pour Jésus et c'est pour nos péchés à nous que le héros du peuple se sacrifie sans cesse. Et ça, c'est quand même une idée dingue.

Par Scritch - Publié dans : Tuff Guyz
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